Marcher quand rester immobile devient trop lourd

Il arrive un moment dans une vie où rester immobile demande plus d’effort que d’avancer, pas avancer pour réussir ni pour aller quelque part de précis, mais avancer parce que le corps, lui, n’en peut plus de retenir, parce que penser ne suffit plus, parce que les mots tournent à l’intérieur sans trouver d’issue, et parce que quelque chose, plus profond que la tête, réclame du mouvement.

“À Kœur Ouvert” est né de cet endroit-là, pas d’un concept, pas d’une méthode, pas d’une idée séduisante, mais d’un vécu, d’un retour, d’un moment où il a fallu arrêter de faire semblant que tout allait bien et écouter ce que le corps, le cœur et la vie demandaient réellement.

Je suis née dans le Sud-Ouest, j’ai grandi une bonne partie de mon enfance sur la Côte Basque, entre l’océan, les sentiers, les reliefs, dans un environnement qui marque le corps autant que l’imaginaire, puis la vie m’a emmenée ailleurs, longtemps, dans d’autres pays, d’autres rythmes, d’autres manières de vivre, de créer, de chercher du sens. Il y a quatre ans, il y a eu le retour en France, un retour qui n’a pas été un apaisement immédiat mais un face-à-face, avec des choses laissées en suspens, une fatigue plus profonde que ce que je pensais, et des questions qu’il n’était plus possible d’éviter.

Quand le retour devient un point de bascule

C’est à ce moment-là que j’ai commencé à marcher, vraiment marcher, pas pour faire du sport ni pour prendre l’air, mais parce que marcher devenait nécessaire pour ne pas me figer, pour laisser le corps digérer ce que la tête et le coeur avait longtemps tenu, pour retrouver un rythme plus juste quand tout, à l’intérieur, demandait à ralentir. La marche est devenue un espace où je pouvais être avec ce qui était là, sans devoir le comprendre tout de suite, sans devoir le résoudre, simplement en avançant, pas après pas, respiration après respiration.

Puis il y a eu le chemin de Compostelle, trente-cinq jours de marche, près de huit cents kilomètres, un pas après l’autre, le superflu qui tombe, l’essentiel qui reste, mais surtout cette révélation très simple et très profonde : ce que le fait de marcher côte à côte permet.

Sur le chemin, j’ai vu des conversations naître sans effort, des récits intimes se déposer naturellement, des silences partagés qui n’avaient rien de gênant mais tout de profondément humains. Le corps avançait, et pendant ce temps-là, la parole trouvait son chemin, sans pression, sans mise en scène, sans attente.

Marcher côte à côte change la qualité de la relation, le regard n’est pas figé, le silence n’a pas besoin d’être comblé, les mots peuvent arriver par fragments, par détours, ou ne pas arriver du tout, et c’est très bien ainsi. Il n’y a rien à bien dire, rien à formuler parfaitement, rien à comprendre sur le moment, le mouvement soutient ce que les mots peinent parfois à porter seuls.

Marcher ensemble pour laisser la parole circuler

C’est là que j’ai compris que la marche n’était pas seulement un mouvement individuel, mais un véritable cadre relationnel, un espace simple et puissant où l’on peut être pleinement humain, sans rôle, sans masque, sans performance émotionnelle. C’est cette qualité-là de rencontre avec soi, de reliance au vivant et à l’autre que j’ai voulu transmettre à travers “À Kœur Ouvert”, un espace de marche et de parole, ancré dans le réel, respectueux du rythme de chacun, où l’on avance physiquement ensemble pendant que quelque chose, à l’intérieur, commence à se remettre doucement en mouvement.

Marcher et parler ne promettent rien de spectaculaire, et c’est précisément pour cela que cet espace est juste. Parfois la marche permet de mettre des mots sur quelque chose de confus, parfois elle aide à sentir ce qui est trop lourd, trop ancien, trop serré, parfois elle n’apporte aucune réponse claire immédiate mais elle rend l’espace intérieur plus respirable.

On marche, on parle quand ça vient, on se tait quand ça ne vient pas, on s’arrête si le corps le demande, on repart quand c’est juste, sans bonne façon de faire, sans résultat attendu, simplement avec ce mouvement partagé qui permet de ne plus porter seul ce qui pèse.

Un espace profondément humain, ici, au Pays Basque

Il est important de le dire clairement : “À Kœur Ouvert” n’est pas une thérapie, ce n’est pas du coaching, ce n’est pas une méthode de développement personnel ni une promesse de transformation rapide. C’est un espace profondément humain, pour celles et ceux qui n’ont pas besoin de conseils mais d’un endroit sûr pour dire ce qui est là, à leur rythme, sans être analysés, corrigés ou dirigés, un espace où l’on ne cherche pas à réparer mais à laisser être, à laisser circuler, à faire de la place pour revenir à soi, à l’essentiel quand tout prend trop de place.

Le cadre fait partie intégrante de l’expérience. Marcher au Pays Basque, le long de l’océan, sur les sentiers côtiers ou plus à l’intérieur des terres, offre un soutien silencieux, la nature n’exige rien, ne presse pas, accueille. Le paysage devient un espace, un contenant stable, un appui discret pour ce qui se traverse, et ici, la marche ramène à quelque chose de fondamental, un pas après l’autre, un souffle après l’autre, sans aller plus vite que ce que la vie demande.

Aujourd’hui, je propose des marches individuelles ou en petits groupes, au Pays Basque, adaptées au rythme et aux capacités de chacun, on marche, on parle quand ça vient, on respecte les silences, on écoute le corps, on avance ensemble sans modèle figé. Je ne marche pas devant, je marche à côté, présente, ancrée, depuis ce que j’ai moi-même traversé, parce que je sais, en tant qu’humaine, que parfois ce dont on a le plus besoin n’est pas d’être guidé, mais d’être rejoint.

“À Kœur Ouvert” s’adresse à celles et ceux qui sentent que quelque chose, dans leur vie, appelle du mouvement, pas forcément un grand changement, parfois un déplacement plus subtil mais nécessaire, à celles et ceux qui ont déjà beaucoup tenu, beaucoup compris, et qui sentent que le corps a maintenant besoin d’être inclus dans le chemin. Marcher ensemble ne résout pas tout, mais cela ouvre un espace juste, où l’on peut avancer sans se forcer, sans se trahir, sans rester seul avec ce qui pèse, et parfois, c’est exactement là que quelque chose commence à se remettre en place.

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Podcast “À Kœur Ouvert” : marcher et parler de la vie, de la création avec Gaëtane Abrial (Côte basque)

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Pourquoi marcher aide à traverser les périodes de transition